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Pénurie d'ingénieurs en France : causes, chiffres et solutions en 2025

Gregory Hissiger
Gregory Hissiger
17 décembre 202514 min de lecture
Ingénieure travaillant sur des technologies avancées en laboratoire

La France face à une pénurie historique d'ingénieurs

Le constat est sans appel : la France n'a pas assez d'ingénieurs.

Selon la CDEFI (Conférence des Directeurs des Écoles Françaises d'Ingénieurs), le pays forme 46 000 ingénieurs par an. Les besoins des entreprises ? Plus de 100 000 par an.

Le déficit est structurel, massif, et il s'aggrave chaque année.

Ce que révèle cet article

  • Les chiffres clés de la pénurie par secteur et par région
  • Les 5 causes profondes du manque d'ingénieurs
  • L'impact concret sur les entreprises et l'économie
  • Les solutions pour les recruteurs, ESN et cabinets
  • Les perspectives à horizon 2030

Les chiffres de la pénurie en 2025

Vue d'ensemble nationale

IndicateurChiffreSource
Ingénieurs formés par an46 000CDEFI 2024
Besoins annuels estimés100 000+IESF 2024
Déficit annuel~60 000Calcul
Postes vacants (stock)85 000+Pôle Emploi
Taux de chômage ingénieurs2,7%IESF
Délai moyen de recrutement3-6 moisAPEC
Un taux de chômage à 2,7% signifie un marché en plein emploi. Tous les ingénieurs qui veulent travailler travaillent.

Pénurie par secteur d'activité

SecteurTensionPostes non pourvusTendance
Informatique / Numérique🔴 Critique30 000+↗️ En hausse
BTP / Construction🔴 Critique15 000+↗️ En hausse
Énergie / ENR🔴 Critique12 000+↗️↗️ Forte hausse
Industrie / Manufacturing🟠 Élevée10 000+→ Stable
Aéronautique / Spatial🟠 Élevée8 000+↗️ En hausse
Santé / Pharma / Biotech🟠 Élevée5 000+↗️ En hausse
Automobile🟡 Modérée4 000+↘️ En baisse
Ferroviaire / Mobilité🟠 Élevée3 000+↗️ En hausse

Pénurie par région

RégionTensionSpécificités
Île-de-France🔴 CritiqueIT, conseil, sièges sociaux
Auvergne-Rhône-Alpes🔴 CritiqueIndustrie, énergie, numérique
Occitanie🟠 ÉlevéeAéro, spatial (Toulouse)
PACA🟠 ÉlevéeMicroélectronique, énergie
Pays de la Loire🟠 ÉlevéeNaval, industrie, numérique
Nouvelle-Aquitaine🟡 ModéréeAéro, défense (Bordeaux)
Bretagne🟡 ModéréeTélécom, naval, agro
Grand Est🟡 ModéréeAuto, industrie

Les métiers les plus en tension

Top 10 des profils les plus difficiles à recruter :
  1. Développeur full-stack senior (3+ ans React/Node)
  2. Ingénieur DevOps / SRE (Kubernetes, Cloud)
  3. Data Engineer (Spark, Airflow, dbt)
  4. Ingénieur cybersécurité (SOC, pentest)
  5. Chef de projet éolien / solaire (ENR)
  6. Conducteur de travaux TCE (BTP)
  7. Ingénieur sûreté nucléaire (nucléaire)
  8. Ingénieur IA / Machine Learning (IT)
  9. Ingénieur systèmes embarqués (industrie, auto)
  10. Ingénieur process hydrogène (énergie)

Les 5 causes profondes de la pénurie

1. Un déficit structurel de formation

La France ne forme tout simplement pas assez d'ingénieurs.

Les chiffres :
  • 46 000 diplômés par an (stable depuis 10 ans)
  • Capacité des écoles saturée à 95%
  • Numerus clausus en classes prépa quasi inchangé
  • Peu de créations de nouvelles écoles
Comparaison internationale :
PaysIngénieurs diplômés/anPopulationRatio
Inde1 500 0001,4 Md1,07‰
Chine1 200 0001,4 Md0,86‰
Allemagne85 00083 M1,02‰
France46 00068 M0,68‰
Royaume-Uni35 00067 M0,52‰
La France est sous la moyenne européenne en ratio ingénieurs/population.

2. La concurrence internationale pour les talents

Les ingénieurs français sont chassés par le monde entier.

Destinations privilégiées :
  • 🇨🇭 Suisse : salaires x2 à x3
  • 🇺🇸 États-Unis : GAFAM, startups
  • 🇬🇧 UK : finance, tech (malgré Brexit)
  • 🇩🇪 Allemagne : industrie, auto
  • 🇦🇪 Émirats : tax-free, projets ambitieux
Chiffres de l'expatriation :
  • 15% des ingénieurs français travaillent à l'étranger
  • 25% des diplômés des "grandes écoles" s'expatrient dans les 5 ans
  • Le solde migratoire des ingénieurs est négatif depuis 2015

3. L'inadéquation formation / besoins

Les formations ne suivent pas l'évolution des métiers.

Exemples de décalages :
Besoin marchéFormation disponible
Cloud / DevOpsPeu enseigné en école
IA / Data ScienceFormations récentes, capacité limitée
CybersécuritéTrès peu de cursus dédiés
Hydrogène / ENRSpécialisations émergentes
BIM / Construction 4.0Quasi absent des cursus
Le problème des "dinosaures pédagogiques" :
  • Programmes mis à jour tous les 5 ans
  • Technologies enseignées parfois obsolètes
  • Peu d'intervenants professionnels
  • Manque de pratique sur outils modernes

4. Le déficit d'attractivité de certains secteurs

Tous les secteurs ne sont pas égaux face à l'attraction des talents.

Secteurs qui peinent à recruter (malgré les besoins) :
SecteurProblème d'imageRéalité
BTP"Travail dur, dehors"Projets innovants, salaires en hausse
Industrie"Usines grises, province"Industrie 4.0, automatisation
Nucléaire"Dangereux, polluant"Décarboné, salaires élevés
Agriculture"Pas high-tech"AgTech en plein boom
Secteurs qui attirent (parfois trop) :
  • GAFAM / Big Tech
  • Startups (mythe de la licorne)
  • Finance / Conseil (salaires d'entrée élevés)
  • Jeux vidéo (passion > conditions)

5. Les nouvelles attentes des ingénieurs

La génération Z et les millennials ont des exigences nouvelles.

Ce qu'ils veulent (enquête IESF 2024) :
Critère% d'importance
Équilibre vie pro/perso78%
Sens et impact du travail72%
Télétravail / flexibilité68%
Salaire65%
Possibilités d'évolution61%
Ambiance et management58%
Ce qu'ils refusent :
  • Présentéisme obligatoire
  • Management vertical / contrôlant
  • Projets sans impact environnemental positif
  • Horaires rigides
  • Manque de transparence salariale

L'impact économique de la pénurie

Pour les entreprises

ImpactConséquence
Projets retardés-15% de CA potentiel non réalisé
Surcharge des équipes+25% de turnover
Inflation salariale+20% sur 3 ans
Recours au freelanceCoût +40% vs salarié
Qualité dégradéeBugs, retards, insatisfaction client

Pour l'économie française

Estimations du manque à gagner :
  • 15 milliards €/an de PIB non réalisé (estimation Syntec Numérique)
  • Retard dans la transition énergétique
  • Perte de compétitivité industrielle
  • Dépendance accrue aux prestataires étrangers
  • Délocalisation de centres R&D

Pour les ESN et cabinets de recrutement

Paradoxe :
  • Carnets de commandes pleins
  • Impossibilité de répondre à toutes les demandes
  • Marge grignotée par les hausses de salaires
  • Guerre des talents entre ESN
  • Turnover record (18-25% selon les structures)

Les solutions pour les recruteurs en 2025

1. Élargir le vivier de recrutement

Pistes concrètes :
VivierPotentielComment y accéder
Reconversions⭐⭐⭐⭐Bootcamps, formations courtes (Le Wagon, Ironhack, OpenClassrooms)
Ingénieurs étrangers⭐⭐⭐⭐Recrutement Maghreb, Europe Est, Afrique sub-saharienne
Freelances lassés⭐⭐⭐Approche ciblée, package attractif
Retour d'expatriés⭐⭐⭐Télétravail, projets à impact
Femmes ingénieures⭐⭐⭐⭐Politiques inclusion, viviers écoles
Seniors 50+⭐⭐⭐Expertise, transmission, temps partiel
Focus : la féminisation du vivier
  • Seulement 24% des ingénieurs sont des femmes
  • 33% des étudiants en école d'ingénieur sont des femmes
  • Potentiel de +30% de candidatures avec politiques inclusives

2. Accélérer les process de recrutement

Dans un marché tendu, la vitesse est un avantage compétitif.

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Objectifs :
ÉtapeDélai classiqueDélai optimisé
Sourcing → 1er contact5 jours48h
1er contact → Entretien7 jours3 jours
Entretiens → Offre15 jours5 jours
Offre → Signature7 jours3 jours
Total34 jours13 jours
Leviers d'accélération :
  • Pré-qualification automatisée
  • Entretiens groupés (RH + Tech le même jour)
  • Offre préparée avant le dernier entretien
  • Process de validation simplifié

3. Améliorer l'attractivité de l'offre

Ce qui fait la différence en 2025 :
ÉlémentImpact sur l'attractivité
Télétravail 3+ jours⭐⭐⭐⭐⭐ (quasi obligatoire)
Salaire transparent⭐⭐⭐⭐
Projets à impact⭐⭐⭐⭐ (climat, santé, social)
Stack technique moderne⭐⭐⭐⭐ (IT)
Management bienveillant⭐⭐⭐⭐
Formation continue⭐⭐⭐
Semaine de 4 jours⭐⭐⭐ (différenciant fort)

4. Investir dans la formation interne

Former plutôt que chercher le mouton à 5 pattes.

Stratégies :
  • Graduate programs : recruter des juniors et les former sur 12-24 mois
  • Upskilling : faire monter en compétences les profils internes
  • Reskilling : reconvertir des profils d'autres métiers
  • Alternance : former dès l'école pour embaucher ensuite
ROI de la formation :
  • Coût d'un recrutement externe raté : 30-50K€
  • Coût d'un programme de formation : 5-15K€
  • Taux de rétention des formés en interne : +40%

5. Travailler la marque employeur

Dans un marché pénurique, les candidats choisissent.

Actions à fort impact :
ActionEffortImpact
Page carrières moderneMoyen⭐⭐⭐⭐
Témoignages collaborateursFaible⭐⭐⭐⭐
Présence sur Welcome to the JungleFaible⭐⭐⭐
Contenu LinkedIn régulierMoyen⭐⭐⭐
Participation événements techÉlevé⭐⭐⭐⭐
Programme ambassadeursMoyen⭐⭐⭐⭐⭐

Perspectives 2025-2030

Ce qui va s'aggraver

  • Départs à la retraite : génération baby-boom (100 000+ ingénieurs d'ici 2030)
  • Accélération de la transition énergétique : besoins x2 dans les ENR
  • Souveraineté numérique : rapatriement de compétences IT
  • Réindustrialisation : usines nouvelles génération

Ce qui pourrait améliorer la situation

  • IA et automatisation : certaines tâches ingénieur automatisées
  • Formations accélérées : bootcamps, certifications
  • Immigration choisie : simplification des visas talents
  • Télétravail généralisé : accès à des bassins d'emploi plus larges
  • Reconversions massives : post-COVID, quête de sens

Prévisions par secteur

SecteurÉvolution tension 2025-2030
Énergie / ENR↗️↗️ Forte hausse
Cybersécurité↗️↗️ Forte hausse
IA / Data↗️↗️ Forte hausse
BTP↗️ Hausse
Industrie 4.0↗️ Hausse
IT généraliste→ Stable (IA compensera)
Automobile classique↘️ Baisse

Conclusion : s'adapter ou subir

La pénurie d'ingénieurs n'est pas un phénomène conjoncturel. C'est une réalité structurelle qui va durer.

Les entreprises qui s'en sortiront sont celles qui :

  1. ✅ Acceptent la réalité du marché (et ajustent leurs attentes)
  2. ✅ Investissent dans la formation et la montée en compétences
  3. ✅ Proposent des conditions de travail alignées avec 2025
  4. ✅ Diversifient leurs viviers de recrutement
  5. ✅ Accélèrent leurs process pour ne pas perdre les candidats
  6. ✅ Travaillent leur marque employeur sur le long terme

La guerre des talents est déclarée. Elle ne fait que commencer.

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Questions fréquentes

La France forme environ 46 000 ingénieurs par an, pour des besoins estimés à plus de 100 000. Le déficit annuel est donc d'environ 60 000 ingénieurs. Le stock de postes vacants dépasse 85 000 selon Pôle Emploi. Cette pénurie est structurelle et s'aggrave chaque année.

Les secteurs les plus en tension sont : l'informatique/numérique (30 000+ postes vacants), le BTP/construction (15 000+), l'énergie/ENR (12 000+), l'industrie (10 000+) et l'aéronautique (8 000+). La transition énergétique aggrave particulièrement les besoins dans les ENR et le nucléaire.

Plusieurs facteurs limitent la formation : capacité des écoles saturée à 95%, numerus clausus en classes prépa quasi inchangé, peu de créations de nouvelles écoles, et désaffection relative pour les filières scientifiques au lycée. La France forme proportionnellement moins d'ingénieurs que l'Allemagne ou la moyenne européenne.

Le taux de chômage des ingénieurs est de 2,7% selon l'IESF (Ingénieurs et Scientifiques de France). C'est un niveau de plein emploi : tous les ingénieurs qui veulent travailler trouvent un poste. Ce faible taux reflète la pénurie et donne un fort pouvoir de négociation aux candidats.

Les stratégies efficaces : 1) Élargir le vivier (reconversions, international, freelances, femmes, seniors), 2) Accélérer les process (13 jours au lieu de 34), 3) Améliorer l'offre (télétravail, salaire transparent, projets à impact), 4) Investir dans la formation interne, 5) Travailler la marque employeur.

Oui, plusieurs facteurs vont aggraver la situation d'ici 2030 : départs massifs à la retraite des baby-boomers (100 000+ ingénieurs), accélération de la transition énergétique, besoins en cybersécurité et IA, réindustrialisation. Seule l'IA pourrait partiellement compenser en automatisant certaines tâches.

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